La vie quotidienne des paysans indochinois

C’est le mélange eau et boue qui caractérise les plaines indochinoises ; il couvre de vase les gens qui récoltent les salades d’eau, les hommes et les buffles qui travaillent dans les rizières.

C’est sans doute la rizière qui symbolise le mieux l’alliance de l’homme et de l’eau. Il en existe deux types : celles qui ne sont inondées naturellement qu’à la saison des pluies et celle qui doivent être inondées par les hommes grâce à des norias par exemple.

Certaines peuvent donner deux récoltes par an et produisent des riz dits des 5e et 10e mois mais elles demandent obligatoirement un repiquage. Le buffle est l’animal des rizières par excellence, « lui seul est capable de vivre les pieds dans la vase et dans l’eau des rizières pendant des semaines entières, tandis que le soleil darde ses rayons brûlants sur sa grosse tête et son énorme corps couvert de poils rares. » Lanessan. L’Indochine en possède plus d’un million à la fin du XIXe siècle. Le riz travaillé pendant 5 ou 6 mois doit être décortiqué, vanné et blanchi après la récolte. La paille de riz et la fibre de bambou sont les constituants du torchis ou des couvertures de toits des maisons sur pilotis dans les zones inondables.

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    Raymond Virac                   Raymond Virac (c) RMN

La vie des paysans indochinois, Raymond Virac va l’étudier et en rendre compte grâce aux découvertes qu’il fera pendant son périple à travers le pays. La presse nous permet de suivre sa trace et ainsi nous savons qu’après Saïgon il a visité Hué et est allé ensuite jusqu’à Phan Thiet où son beau frère était alors trésorier-payeur.

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Mais ce sont sans nul doute les portraits qu’il a laissés qui révèlent le mieux le lien qu’il a tissé avec l’Indochine et ses habitants.

Ici une femme du peuple des Thôs qui vivent dans les montagnes dans des maisons de torchis et viennent en voisins au marché de Kompong Chlnang. Sur les marchés de Kilua, on trouve en grande quantité des cotonnades bleues tissées et peintes par les Thôs.

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Raymond Virac

Il peint aussi les Moïs de Cochinchine ou Méos, des Mhongs qui sont des grands défricheurs de montagnes dans la province de Nam au Nord-Ouest du pays. Le père Guignards des Missions Étrangères les présentent ainsi : « Les Méos sont originaires de Chine… Les femmes sont coiffées d’énormes turbans gris et portent avec un tablier, une jupe de grosse toile blanche, plissée et courte. Leur buste est recouvert d’un habit à col marin brodé. »

Il existe les Mhongs Rouges sur le plateau de Sin Chai et les vallées voisines et les Mhongs Noirs autour du village de Lao Chai ; leurs cultures sont en terrasses et leurs chaumières sur pilotis bas et à toiture à pans coupés.

« Ils ont une agriculture très riche (porcs, bœufs, arbres fruitiers, pêchers notamment) malheureusement les Méos fument l’opium et ce défaut les ruine et rend inutile la richesse de leur agriculture. »

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R. Virac

On trouve aussi dans l’œuvre de Raymond Virac des représentations des ethnies des Thaïs ou Tay qui habitent dans des huttes en bambou ou des maisons sur pilotis au toit de chaume dans la région de Phong Tho, petite bourgade, ancienne préfecture des Thais Blancs. Ils vivent de la pêche, de la culture du riz et du maïs. Les femmes sont coiffées de chapeaux coniques, vêtues de pantalons noirs et  de tuniques courtes bleues ou violettes. Il y a les Thaïs Blancs qui cultivent le riz et les Thaïs Noirs dont les femmes réalisent toutes sortes de tissages. Elles portent une longue jupe noire, droite et serrée, un corsage fermé par des boutons en argent et une grande bande de tissu enroulée sous la poitrine.

Sources : « Quand les français découvraient l’Indochine » Charles Daney 1981

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